La prévention est une des thématiques fortes de l'URPS IDEL Grand Est. Différentes actions sont mises en oeuvres à destination de la population IDEL.
Rencontre avec le Dr David Masson, praticien hospitalier au Centre Psychothérapique de Nancy (CPN), qui a animé le webinaire organisé le 20 mars par l'URPS Infirmier Grand Est. Un psychiatre passionné de psychiatrie !Le Dr David Masson exerce depuis 2008 en qualité de psychiatre au Centre Psychothérapique de Nancy (CPN). Au travers de sa spécialité, la réhabilitation
psychosociale, il accompagne des personnes atteintes de troubles psychiques sévères et les aide à trouver leur place dans la communauté, familiale, professionnelle, sociale.
Les actions de réhabilitation qu'il pilote visent tant à diminuer l'impact de la maladie par le biais de traitements médicamenteux et psychothérapeutiques qu'à favoriser le rétablissement personnel : permettre à ceux qui le souhaitent de trouver un emploi et de disposer d'un logement, c'est le volet social, mais aussi
renforcer si besoin leurs capacités personnelles par le biais d'outils de kinésithérapie cérébrale comme la remédiation cognitive. Il s'agit en somme d'assurer à la personne la meilleure qualité de vie possible malgré sa pathologie.
« Un trouble psychique qui s'est développé pendant plusieurs mois, voire plusieurs années va nécessairement marquer la personne », souligne le Dr Masson. « Elle a un impact sur sa trajectoire de vie, sur sa manière d'appréhender l'environnement et sur sa représentation d'elle-même. Même si les symptômes disparaissent à un moment donné, ce qui peut arriver, cette expérience fait partie de son histoire. On n'en guérit pas, mais avec un accompagnement adapté, on peut à terme se rétablir ! » Et il y voit un enjeu : « Beaucoup de progrès ont été accomplis ces dernières années pour la réhabilitation des personnes atteintes de troubles psychiques sévères. Je pense en particulier à l'apparition des médiateurs de santé, ces patients experts qui ont choisi de se professionnaliser à l'issue de leur parcours de rétablissement. En plus d'être un trait d'union avec les patients, ils insufflent de l'espoir dans nos dispositifs d'accompagnement. C'est vraiment une compétence à développer. »
Les autres défis qu'à ses yeux la psychiatrie doit relever ? « Il y a d'abord un enjeu en terme d'accessibilité et d'image. Certains patients hésitent encore à consulter, convaincus que la psychiatrie c'est pour les fous, quand d'autres en mal d'accompagnement ne trouvent pas de psychiatre à qui s'adresser ! Un autre enjeu tient au nécessaire renforcement des compétences psychiatriques des acteurs de première ligne, notamment des médecins généralistes qui prescrivent 70% des anti-dépresseurs, souvent sans évaluation clinique préalable. Il serait bénéfique », conclut le Dr Masson « que des psychiatres dont c'est la spécificité interviennent en appui. »
Retrouvez le support du webinaire organisé par l'URPS Infirmier Grand Est et animé par le Dr David Masson :
https://urpsinfirmiergrandest.com/publications.html

Dr David Masson : Il peut y avoir un terrain défavorable qui est propre à chacun. Mais il est vrai que les infirmiers libéraux cochent un certain nombre de cases qui constituent autant de facteurs de fragilité, à commencer par les déterminants en lien direct avec les conditions de l'exercice professionnel : la pression financière, la question de la rentabilité, celles de la gestion du temps et du sens au travail quand jour après jour on est amené à enchaîner les patients et les kilomètres au volant. Est-ce que quand je rentre le soir, j'arrive à couper, à bien dormir, à être suffisamment disponible pour ma famille ? Est-que je n'ai pas au fond le sentiment de sacrifier ma vie privée ?
Ces questions se posent aux métiers du soin en général. C'est chez les soignants que dès les années 70, on a décrit pour la première fois le processus de l'épuisement professionnel : c'est-à-dire chez des publics qui s'investissent dans l'accompagnement avec altruisme et empathie. Je ne dis pas que c'est forcément le cas, mais on retrouve souvent ces valeurs chez ceux qui embrassent une profession de soin, avec parfois une forme de dévotion : une force dans l'engagement qui, faute de limite, peut conduire à l'épuisement.
Dr David Masson : On associe trop souvent la santé mentale au développement personnel, comme si se sentir bien consistait à produire la meilleure version de soi-même en faisant fi d'émotions qui pourtant devraient nous alerter. Y compris celles qui sont considérées comme négatives ou désagréables. Prenez la colère, qui a si mauvaise réputation, elle participe pourtant à la défense de nos intérêts. L'éprouver n'est pas un problème en soi, c'est ce qu'on en fait qui peut être problématique. Préserver sa santé mentale, c'est d'abord prendre conscience qu'on ne peut pas tout gérer en même temps. Il faut se fixer des objectifs réalistes comme par exemple d'équilibrer sa charge de travail. Attention à ne pas prendre trop de patients. Attention à ne pas chercher coûte que coûte à maximiser ses revenus... Il faut savoir où mettre la limite, ce n'est pas si simple, et accepter de s'octroyer des temps de pause et de déconnexion : pas simple non plus quand les routines se sont installées.
Ensuite, il est important de pouvoir créer autour de soi un réseau de soutien avec ses collègues proches. C'est un facteur d'équilibre pour un infirmier libéral embarqué dans un exercice essentiellement solitaire et qui peut ainsi se ménager des moments de partage. Confronté à une expérience difficile ou à une situation professionnelle déstabilisante, la gestion émotionnelle n'est pas du tout la même si l'on se sent entouré.À cela, on peut ajouter tout ce qui favorise l'équilibre global : pratiquer une activité physique régulière, veiller à l'équilibre de son alimentation et à la qualité de son sommeil... Ce sont des éléments très importants à prendre en compte quand on veut prendre soin de soi, qu'on soit infirmier libéral, médecin ou comptable.
Dr David Masson : Il y a des signaux, même faibles, auxquels il est nécessaire de prêter attention. Mauvais sommeil, sentiment d'anxiété qui s'atténue en période de vacances, difficulté d'anticipation, forme de désengagement et tendance au cynisme, troubles de l'attention et de la mémoire... Toute évolution dans ces domaines doit interroger. C'est souvent l'indice qu'il est temps de revoir son organisation voire sa charge de travail et pourquoi pas de se rapprocher d'un professionnel pour bénéficier d'un soutien psychologique.
Pour cela, il faut avoir pris conscience que l'on traverse une période compliquée, ce que les personnes très engagées ont souvent du mal à reconnaître.Nous ne sommes pas tous égaux face à la souffrance psychologique. Il y a risque pour la santé mentale, lorsque cette souffrance s'installe dans le temps et qu'elle a un retentissement important sur la vie de la personne. C'est la raison pour laquelle il faut savoir dire stop avant que le déséquilibre ne s'installe. »

Retrouvez le support du webinaire organisé par l'URPS Infirmier Grand Est et animé par le Dr David Masson :
https://urpsinfirmiergrandest.com/publications.html

Le Dr David Masson est praticien hospitalier au Centre Psychothérapique de Nancy (CPN)
En revanche, comment rester en bonne santé mentale quand on se retrouve brutalement sans emploi, qu'on a du mal à boucler les fins de mois ou qu'on vit dans l'insécurité permanente ? Plus généralement, comment faire abstraction du contexte économique, politique, médiatique ? Le climat géopolitique actuel nous montre combien, face à un flot d'informations en continu, il est difficile de ne pas se laisser gagner par l'anxiété, la consternation voire la sidération, sauf à couper le son et l'image et à oublier pour un temps les réseaux sociaux ! »
Retrouvez le support du webinaire organisé par l'URPS Infirmier Grand Est et animé par le Dr David Masson :
https://urpsinfirmiergrandest.com/publications.html
Dr David Masson : Classé au rang de Grande Cause Nationale 2025, le concept de santé mentale n'est pas si récent puisque la définition sur laquelle on s'appuie encore aujourd'hui, celle de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), date de 1946. ?Selon l'OMS, la santé désigne « un état de bien-être complet physique, mental et social ». Il y a bien trois dimensions que l'on ne peut dissocier : la dimension physique qui a trait au corps de manière générale, la dimension mentale et ses ressorts psychologiques, à commencer par la manière de se voir et de percevoir l'environnement dans lequel on évolue, et enfin la dimension sociale, qui fait référence à nos interactions avec autrui, les proches, la famille et de manière plus large, le monde du travail, la société. Tout est lié. On peut ainsi parler d'équilibre global et dynamique, sachant que chez un même individu, la santé mentale évolue en fonction des épreuves qu'il traverse.
Dr David Masson : La santé mentale a été pendant longtemps la grande absente des programmes politiques. Mais le COVID a tout changé. Pour la première fois, on a alors mis en place un suivi de l'état de santé mentale de la population française au travers d'indicateurs de la dépression, de l'anxiété, des troubles du sommeil, des addictions et des conduites suicidaires. ?Un vrai point d'étape. Depuis le COVID, la santé mentale est omniprésente. C'est une bonne chose même si le terme est souvent galvaudé au profit d'un concept fourre-tout qui coiffe la santé au travail, la gestion du stress, le burn out et parfois aussi, les troubles psychiques, ce qui entretient une certaine confusion.
Dr David Masson : L'état de bien-être mental ne se résume pas à l'absence de troubles psychiques. On peut être en mauvaise santé mentale sans souffrir de troubles particuliers et à l'inverse, être atteint de schizophrénie et pour autant parvenir à un certain équilibre. Je pense en particulier à une patiente que j'accompagne et qui entend des voix depuis 40 ans. Son parcours a été compliqué mais elle a appris à vivre bien avec.